LA PAROLE QUI SAUVE

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Jésus, le Pain de vie

Jésus, le Pain de vie

Le chap 6 de
l'évangile de Jean comporte 3 parties : la multiplication des pains, la
traversée du lac et le discours sur le pain de vie. Nous insistons ici le
miracle et son commentaire à la synagogue de
Capharnaüm.


Au moment où Jean écrit ce texte, la
célébration de l’eucharistie, avec partage de la parole et du pain, est une
pratique habituelle des communautés chrétiennes. Le récit en porte la
trace.


1- Le « miracle » (Jn
6,1-15)


Observons d’abord le cadre géographique et temporel.
Jésus passe "de l’autre côté du lac". C’est une région désertique, le territoire
des païens. Il y est suivi par une grande foule, à laquelle il va distribuer du
pain. Si on ajoute à ces images la mention de la fête de Pâque, on pense à
Moïse, à la sortie d’Égypte, à la traversée du désert, au Sinaï. Le récit, par
ailleurs, comporte des allusions à un miracle du prophète Élisée.

Toute
l’attention du texte se porte sur Jésus. Il a seul l'initiative. Il domine la
situation et met Philippe à l’épreuve. Mais quelle est cette épreuve ? Que doit
découvrir Philippe, et, à travers lui, le lecteur de l’évangile de Jean ?
Peut-être une part du mystère de Jésus.

Sur la montagne, il y a
"beaucoup d’herbe". Jésus y fait asseoir la foule. Nous pensons au psaume 22 :
"Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer." Sobre sur le miracle, le récit insiste sur la disproportion
entre une foule de 5 000 hommes et les 5 pains d’orge et les 2 poissons. Dans le
miracle d’Élisée (2 Rois 4), la disproportion était moins grande. Élisée
disposait de vingt pains et d’un sac de grain pour nourrir cent personnes. Dans
les deux cas, il y a de la nourriture en reste. Dans l’évangile, le nombre de 12
corbeilles est symbolique (les 12 tribus d’Israël). Il y a à manger pour tous,
même pour les absents.

Le récit finit par une allusion à Moïse. En
Deutéronome 18,15, Moïse annonçait : "Le Seigneur ton Dieu suscitera pour toi,
du milieu de toi parmi tes frères, un prophète comme moi que vous écouterez."
Pour la foule, Jésus est "Le grand Prophète" tant attendu. Elle veut lui faire
jouer un rôle messianique et l’obliger à prendre le pouvoir. Mais Jésus
n’envisage pas sa mission de cette manière-là. Il est venu pour accomplir le
projet de Dieu et de Dieu seul. Il se retire dans la montagne. Jésus, bon
Pasteur, a levé un coin du voile sur son mystère. Il en dévoilera un peu plus
dans le grand discours de Capharnaüm.


2- Le pain du ciel (Jn 6,25-40)

La foule a poursuivi
Jésus, mais celui-ci l’invite à s’interroger sur sa démarche. Que cherche-t-elle
auprès de lui ? Du merveilleux ? Des prodiges ? Quels signe voit-elle dans ce
qu’il fait ? Jésus explique le dernier de ces signes. Le Fils de l’homme,
authentifié par le Père, donne la nourriture pour la "vie éternelle". Mais la
foule comprend difficilement ce langage. Le lecteur lui, peut se rappeler les
paroles de Jésus à Nicodème sur le Fils de l’homme descendu du ciel puis élevé
par Dieu "afin que tout homme qui croit obtienne de lui la vie éternelle" (Jn
3,15).

La foule relance la discussion en interrogeant sur ce qu’il faut
faire pour manifester sa foi en Dieu. Question classique chez les rabbins.
Comment mettre de l’ordre dans les prescriptions de la Loi ? Quel est le plus
grand commandement ? Mais Jésus sort de la problématique des œuvres à accomplir.
Il dit que c’est la foi elle-même qui est la plus grande des œuvres. Il importe
avant tout de faire une totale confiance en Dieu et en celui qu’il a envoyé et
marqué de son empreinte.

La réaction de la foule montre la justesse des
réflexions de Jésus sur les signes. Alors qu’il vient de donner celui de la
multiplication des pains, la foule lui demande, pour croire, d’accomplir un
signe à la manière de qui s’est passé autrefois dans le désert "quand nos pères
ont mangé la manne". Elle n’a pas compris que Jésus lui avait donné le pain de
Dieu. Jésus explique donc que le signe donné va beaucoup plus loin que celui de
la manne. Jésus ne donne pas seulement le pain venant du ciel. Il est lui-même
le pain du ciel. Il n’est pas seulement le nouveau Moïse qui distribue le pain
pour que le peuple ne meurt pas de faim. Il est également la voix qui sort du
buisson ardent et qui dit : "Moi, Je Suis". Jésus est la vivante Parole de
Dieu.


3- Le pain de vie (Jn
6,41-51)


Comme à l’époque de Moïse, les Juifs répondent par
des "récriminations" (Ex 16,2). Ils sont choqués. Ils ne reconnaissent pas dans
le fils de Joseph, le Fils de l’homme marqué de "l’empreinte de Père"(Jn 6,27).
Jésus explicite son propos. D'abord, il s’appuie sur une image classique : la
Parole de Dieu comparée à de la nourriture : "Voici venir des jours où
j’enverrai la faim dans le pays, non pas une faim de pain, non pas une soif
d’eau, mais d’entendre la Parole du Seigneur" (Am 8,11). Qui peut mieux parler
du Père, que personne n’a jamais vu, sinon le Verbe incarné ? "Le Fils unique,
qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître" (Jn 1,18).
Qui peut venir vers le Fils ? Celui qui y est conduit par le Père. Autrement dit
: le Fils révèle le Père et le Père révèle le Fils.

Le discours de Jésus
brode autour de l’affirmation : "Moi, je suis le Pain." C’est tout d’abord le
"Pain descendu du ciel." Puis "le Pain de la vie" et enfin, récapitulant les
deux, le "Pain vivant, qui est descendu du ciel." Comme ailleurs, la pensée
progresse par vagues successives, chacune reprenant l’autre et apportant un
élément nouveau. À la fin, la dimension eucharistique devient explicite avec
l’affirmation de la chair à manger, ce qui va provoquer de nouvelles
incompréhensions.


4– Le pain et la
chair (Jn 6,51-58)


Jésus a affirmé qu’il est le pain vivant
descendu du ciel qui fait participer à la vie même de Dieu. Il donne sa "chair".
Le lecteur de l’évangile pense au Prologue : "Et le Verbe s’est fait chair et il
a demeuré parmi nous". Jésus renforce l’affirmation choquante de manger la chair
par celle plus choquante encore de boire le sang. Idée insupportable pour un
Juif chez qui l’interdit du sang est très fort. Prises au premier degré, les
déclarations de Jésus sont incompréhensibles. À la lumière de Pâque, le lecteur
les comprend mieux. La chair et le sang séparés symbolisent la mort de Jésus.
Nous sommes invités à entrer dans le mystère de Jésus donnant sa vie pour les
hommes.

Ce langage a ses limites. Manger et boire c’est s’approprier
quelque chose en le détruisant. Ici, il n’est pas question de détruire. Au
contraire. Celui qui est mangé donne la vie éternelle. Et il la donne tout de
suite : celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. Jésus
explique cela en utilisant une autre image : la demeure. Par l’absorption de la
chair et du sang du Christ, le disciple demeure dans le Christ et le Christ
demeure en lui. Le lecteur se rappelle la première rencontre entre Jésus et ses
disciples : " 'Maître, où demeures-tu ? - Venez et vous verrez !' Ils
l’accompagnèrent et ils virent où il demeurait. Et ils restèrent auprès de
lui..." (Jn 1,38-39) "Demeurer", l’un des mots-clés de l’évangile, décrit
l’attachement définitif entre Jésus et ses disciples.

Le discours
s’achève par une comparaison. Elle résume la circulation de la vie entre le Père
et le Fils d’une part, entre Jésus et les disciples de l'autre. La circulation
de la vie a sa source en Dieu. Par le Christ, l’envoyé du Père, elle descend du
ciel pour se communiquer aux hommes en abondance. C’est ce que Jésus a voulu
signifier en nourrissant 5000 hommes avec 5 pains, et il y avait des restes ! Ce
signe n’était pas une simple reproduction du miracle de la manne. À l’époque,
ceux qui en ont mangé sont morts quand même ensuite. Mais "celui qui mange ce
pain vivra éternellement".


5– Une crise
décisive (Jn 6,60-69)


Jésus a terminé son discours dans la
synagogue de Capharnaüm. Les réactions sont défavorables chez les disciples.
Beaucoup ne peuvent plus continuer à écouter Jésus et "cessent de marcher avec
lui". L’évangéliste témoigne d’une cassure qui s’est produite, un moment donné,
dans le groupe de ceux qui suivaient Jésus. Il ne s’attarde pas sur cet échec,
mais sur la manière dont Jésus maîtrise les événements.

Jésus ne se
laisse pas surprendre car il sait, depuis le commencement, ce qui se passe dans
le cœur de chacun. Il connaît même celui qui va le livrer. Jésus demande au
siens s’il est pour eux une occasion de chute (litt. s’il les scandalise). Il
pose une question, dont le sens n’est pas évident : "et quand vous verrez le
Fils de l’homme monter là où il était auparavant ?..." "Monter au ciel" est le
pendant de "descendre du ciel". Jésus, pain vivant descendu du ciel, veut-il
dire que son ascension étonnera encore davantage ses disciples ? On peut
comprendre également que le sens complet des paroles Jésus ne se révélera
qu’après Pâque à la lumière de l’Esprit Saint envoyé par le Christ ressuscité.
Englués dans les pesanteurs inhérentes à la condition humaine, les disciples
accéderont alors à une nouvelle dimension de la Révélation. Les paroles de Jésus
révéleront leur sens plénier, spirituel. Elles ne peuvent être reçues que dans
la foi. Devenir son disciple est un don du Père et le résultat d’un engagement
humain.

Cassure donc. Beaucoup de disciples abandonnent. Pierre est le
porte-parole de ceux qui restent fidèles. Il fait une belle profession de foi
dans laquelle il utilise un titre christologique fort ancien qu’on retrouve dans
les Actes des Apôtres : "Tu es le Saint de Dieu" (Ac 4,34).


© Joseph Stricher, Service Biblique Catholique Evangile et
Vie



22/07/2011
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